Merci Cyril !

Le deuxième ligne international de l’Union Bordeaux-Bègles n’a pas oublié ses racines landaises ni le SPS, son club formateur

Un petit espace vert devant la maison des grands-parents à Saint-Paul-lès-Dax. Nous sommes à l’orée de l’an 2000 : il y a là Cyril Cazeaux, Sébastien, son frère aîné, Enzo et Axel, les copains du quartier. Ce petit pré carré est le terrain de leurs rêves enfantins. On s’imagine être au Municipal, voire quelquefois au stade de France. On joue, on tape dans le ballon qui rebondit sur le goudron de la rue voisine dans un bruit de pétard d’encierro de Pampelune, et ce, jusqu’à ce que les lampadaires s’allument comme pour un match en nocturne.

Le deuxième ligne international de l’Union Bordeaux-Bègles a débuté à l’École de rugby du SPS, parce que son frère y était déjà, parce que son père faisait partie du XV du président Caudéra des années 90. « En fait j’avais commencé au foot, puis très vite je suis venu au rugby. Comme tous les gamins, je rêvais que plus tard je jouerais chez les grands, mais sans un projet précis », raconte-t-il.

Comme tous les gamins, je rêvais que plus tard je jouerais chez les grands, mais sans un projet précis

La prise de conscience d’une carrière sportive est apparue avec les échelons suivants : l’US Dax, le pôle espoirs de Bayonne, les premières sélections tricolores chez les jeunes et un départ vers les Espoirs de Bordeaux Bègles. « Ça devenait sérieux, des entraînements quotidiens, les premières sélections où l’on a envie de revenir, j’ai surtout cherché à marquer des points ».

Stade de France et crunch

La suite va donner raison à son abnégation, même si plusieurs blessures vont freiner son ascension : « trois blessures à la cheville m’ont privé de sélections chez les A à des moments importants, comme si le destin avait retardé sa véritable éclosion pour mieux l’inscrire dans le futur. Cyril Cazeaux a néanmoins déjà foulé la pelouse du stade France contre l’Italie, et joué dans le mythique Twickenham : « Même vide cela reste le temple du rugby et puis ce crunch, face à nos meilleurs ennemis, c’est une saveur particulière ». On pourra juste regretter une courte défaite (23-20) sur un essai de Maro Itoje accordé après moult tergiversations : « Même si je suis sur l’action de l’essai, il est difficile de se prononcer, mais oui c’est affreux de perdre comme ça ! », admet le Landais.

À peine le temps d’être demi-finaliste européen et du Top 14 avec son club de l’Union Bordeaux Bègles Gironde, Cyril Cazeaux est parti cet été pour l’Australie, avec des contraintes Covid sévères : « Déjà il y a les huit heures de décalage horaire, un isolement strict à l’hôtel, juste une salle de musculation et un entraînement à 19 h 30. Heureusement, il y a cette victoire, et une aventure humaine extraordinaire ». Alors le rugby est-il très différent d’un hémisphère à l’autre ? « On a parfois l’impression que cela joue plus vite en Australie, ils ont une propension à accélérer le jeu sans doute supérieure à la nôtre ».

Geste de générosité

Le deuxième ligne a profité ses vacances (six semaines imposées pour les Bleus) pour un regroupement non pas rugbystique mais familial, pour respirer l’air des Landes et assister aux corridas dacquoises. Il n’a pas oublié non plus, son club du SPS, là où tout a commencé, auquel il a remis son maillot tricolore. Un geste de générosité, de fidélité, et un clin d’œil aussi au grand-père, parti trop tôt, qui fut dirigeant saint-paulois. Un cadeau grandement apprécié au sein des bleu et blanc, qui en retour organiseront une petite réception en cours de saison en honneur de « ce petit du club » qui frôle les deux mètres aujourd’hui.

Encore sous contrat pendant deux saisons à l’UBB, Cyril Cazeaux a repris l’entraînement ces prochains jours, d’abord personnalisé puis collectif. Sur sa feuille de route, il a coché un nouveau Top 14, et l’ambition d’être en tricolore cet automne, tremplin pour le tournoi et une Coupe du monde 2023 en France qu’il lorgne avec gourmandise.

Article d’Olivier Dagincourt paru dans Sud-Ouest